L’e-commerce est en plein développement et représente une incroyable opportunité pour les entreprises : une expansion géographique illimitée, une présentation du catalogue complet des produits, un contrôle optimal de la marque sur l’image et les messages qu’elle communique, des outils de test des nouveaux produits avec un retour immédiat des clients, une interaction efficace avec ces derniers, leur recrutement et leur fidélisation, des offres illimitées de vente, un enrichissement de la base de données…
En revanche, l’e-commerce représente aussi un réel défi pour les entreprises, et ceci se traduit par trois challenges principaux. (Voir fig. 1)
Le premier challenge concerne l’interconnexion entre les différents canaux de vente. Les consommateurs restent toujours attachés au magasin physique, surtout dans l’univers du luxe, puisqu’ils préfèrent toucher, essayer, sentir le produit avant de l’acheter. La tendance veut que la plupart des clients choisissent leur produit en ligne, mais l’achètent en magasin. Ceci nécessite tout d’abord une harmonisation des prix à travers les différents canaux, la différence étant souvent considérable, notamment entre les prix pratiqués en ligne et en magasin traditionnel. Ensuite, les marques devront établir une centrale logistique commune, de même qu’une gestion des stocks totalement transparente afin de pouvoir obtenir une parfaite visibilité de la disponibilité des produits entre les canaux. Le deuxième challenge s’illustre dans la capacité à réunir les bases de données clients de tous les canaux de vente, afin de créer une base de données commune pour la marque. Ceci est indispensable pour qu’une marque puisse pratiquer
une gestion de la relation client personnalisée, ce qui est la force de la collecte des données en ligne. Le troisième challenge est l’intégration des forces de vente dans les stratégies digitales, ce que beaucoup de marques et enseignes ont tendance à oublier. Le succès du passage au digital ne pourra être effectif que si les vendeurs ont accès au monde digital de leur marque… Le vendeur est celui qui est directement en relation avec le client. Il crée le lien entre les univers offline et online de la marque. Les entreprises ne peuvent réussir aucune des opérations omnicanal si les forces de vente ne sont pas intégrées. Au lieu de créer une convergence et une stratégie communes, elles considèrent souvent l’équipe digitale comme une entité indépendante de la vente traditionnelle.

Figure 2 : Le carrousel du service digital grâce à l’utilisation de la tablette. (2)
Selon des études, 80 % des clients du luxe vont rechercher l’information en ligne, mais achètent ensuite en magasin pour bénéficier d’un shopping expérientiel et d’une interaction avec un vendeur compétent. Plus le produit est luxueux, plus le pourcentage des clients se déplaçant dans les magasins physiques augmente. Par conséquent, les vendeurs se retrouvent confrontés à des acheteurs déjà bien informés grâce à Internet. Ce phénomène en pleine croissance
a un véritable impact sur les nouvelles stratégies de management des forces de vente. Dans le cadre du livre Luxury sales force management: Strategies for winning over your brand ambassadors, six cents interviews ont été menées avec des vendeurs et managers de haut niveau, principalement dans l’industrie du luxe, pour analyser en profondeur la relation vendeur-marque et mieux comprendre l’organisation omnicanal de l’entreprise. Dix-huit stratégies de management ont ainsi été relevées, concernant le renforcement de la fidélité des vendeurs à leur enseigne, et leur motivation dans un contexte en ligne et hors ligne. Il ressort de ces interviews que 70 % des vendeurs ne s’identifient pas à la marque et à ses canaux digitaux. Cela peut être corrigé par différents moyens, à commencer par la formation aux stratégies digitales de la marque. De plus, le vendeur n’accordera de l’importance aux ventes en ligne que s’il est aussi rétribué sur celles-ci ; la mise en place d’un système de rémunération prenant en compte la stratégie digitale de la marque peut permettre de motiver le vendeur à s’intéresser aux canaux digitaux.

MERK Michaela,
Luxury sales force management:
Strategies for winning over
your brand ambassadors,
Palgrave Macmillan, London, 2014
Les recherches menées dans le contexte du livre montrent combien la reconnaissance exprimée par le client a une influence sur le vendeur. Dès lors, la question qui se pose est la suivante : « Comment utiliser le monde digital pour aider le vendeur à améliorer son service et ainsi augmenter ses chances d’avoir une reconnaissance sincère de la part de ses clients ? ». Un outil très important pour modifier la façon de vendre tout en ayant un impact positif sur le client est la tablette. Selon une étude menée par Demandware et Forrester, 43 % des clients accordent une plus grande confiance à un vendeur assisté d’un dispositif connecté à Internet. La tablette pourrait dès lors devenir le compagnon permanent et indispensable de chaque vendeur. Burberry a déjà adopté cette stratégie dans de nombreuses boutiques, et d’autres marques sont en train de déployer l’utilisation de cet outil, qui permet de mettre le consommateur au coeur du dispositif. Elle offre plusieurs avantages, dont la création sur mesure de produits, la localisation des besoins des clients ou la démonstration… (Voir fig. 2). Mais surtout, elle permet aux vendeurs de commander en ligne depuis la boutique et de faire livrer le produit au domicile du client en cas de non disponibilité
en stock magasin, ce qui permet d’augmenter la complémentarité des ventes en ligne et en magasin.
Notes
(1) Michaela Merk est également professeure associée en marketing et management à l’université Paris Dauphine, et membre de la chaire Marques et Valeurs de La Sorbonne, où elle a accompli son doctorat, en partenariat avec HEC Paris.
(2) Extrait du livre de Michaela Merk, Luxury Sales Force Management.
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